Ce biopic réalisé par James Mangold retrace une partie de la vie de Johnny Cash (Joaquin Phoenix), icône de la musique américaine du XXe siècle. Le film montre malheureusement assez peu l’importance de ce grand auteur-interprète country et folk. En effet, Cash fut moins médiatisé en Europe que des artistes comme Presley. Par conséquent, le spectateur français comprendra difficilement le génie minimaliste du musicien. Il faut dire que les films musicaux évitent bien souvent d’expliquer les mécanismes créatifs d’un artiste, et préfèrent, par peur de sombrer dans l’hermétisme, miser sur l’aspect biographique du protagoniste. Le récit se concentre donc sur la relation amicale puis amoureuse entre Cash et June Carter (Reese Witherspoon), la célèbre chanteuse country.
De facture conventionnelle, Walk the Line est une reconstitution certes fidèle mais assez peu judicieuse de la vie de l'homme en noir. L’histoire dévoile la première partie de sa carrière et s’achève au début des années 1970, alors que l’artiste commence à militer pour améliorer les conditions de vie des prisonniers dans les pénitenciers américains. Une célèbre photographie le montre d’ailleurs en compagnie de Richard Nixon, avec qui il discute du système carcéral. Cet épisode important de la vie de Cash n’est pas présent dans le film, et c’est fort dommage. Sur le plan musical, les admirateurs regretteront également l’absence de chansons tardives, tels que Hurt, une reprise du groupe Nine Inch Nails, admirablement interprétée par le musicien peu avant sa disparition en 2003. La voix tremblante du vieil homme hante pour toujours ceux qui ont entendu ce morceau. Hurt aurait donc pu figurer, par exemple, dans le générique final, et accorder ainsi une dimension présentiste à l’œuvre, afin de montrer combien Cash était près de nous.
Cependant, on ne peut nier la part émotionnelle et la profonde mélancolie qui se dégagent de l’œuvre. On est secoué, bouleversé par la sinistre destinée de cet homme, en lutte contre l’alcool et les amphétamines. A ce sujet, on pense à Gilles Deleuze, qui concevait la drogue comme un moyen de supporter quelque chose de trop fort pour soi. La drogue a certainement aidé, à un moment donné, Johnny Cash à lui donner la force de se lever, de composer, de jouer pour se libérer de la tristesse qui le tourmentait depuis son enfance. C’est cet aspect tragique, cette amertume insondable qui impressionne et que l’on garde en mémoire longtemps après avoir vu Walk the Line.
Aurélien Portelli