Super Nacho pose une question grave au spectateur : comment un moine obèse et rabroué depuis son enfance peut-il trouver son salut ? La réponse est évidente : en devenant catcheur. Une fois son destin révélé, Ignacio relèvera tous les défis : être la nouvelle star du ring, sauver les petits orphelins de la famine, et séduire à l’occasion la jolie nonne de passage dans son monastère (au Mexique, on fait des échanges de religieux).
Pour accomplir sa divine mission, le protagoniste affronte avec son compère Esqueleto – son alter ego filiforme – une série d’adversaires plus pittoresques encore (une mention spéciale est attribuée aux nains des cavernes, à la toison bien fournie). Le scénario multiplie donc les situations improbables, dans une ambiance pipo et castagnette délibérément ringarde. Les corps exhibés sont disgracieux, les chorégraphies inexistantes, les costumes d’une hideur insoutenable. Il faut voir Nacho se démener sur la scène dans son pantalon moulant et sa cape à franges. Hélas, le bon goût vestimentaire ne paie pas : le frère-courage ne gagne aucun de ses laborieux combats. Peu importe, le spectacle de la défaite est grassement rétribué par les organisateurs. La charité qui naît de la souffrance. Le film est bien évidemment une allégorie burlesque de la Passion. Mais Nacho n’incarne pas seulement le sauveur providentiel : il aime également chanter. Avant son dernier combat, le protagoniste entonne une ode pour célébrer sa muse. Aucun doute : l’ange masqué est un artiste accompli.
On l’aura compris, ce film est une perle, qui concurrence de près le chef-d’œuvre interstellaire du navet héroïque : Capitaine Orgazmo (Trey Parker, 1997). Autre satellite délirant lancé depuis l’arrière-boutique d’Hollywood, où un mormon karatéka devient une icone du porno et combat le crime avec son orgazmo-- rayon.
Si le scénario de Super Nacho se permet toutes les extravagances, la mise en scène prend quant à elle moins de risques. Jared Hess est assez peu inventif, hormis lorsqu’il s’inspire de l’iconographie baroque et de la peinture de Rubens. Les plans, soudain sublimes, donnent une force poétique à toute cette marmelade, saturée par une religiosité de bazar et un humour souvent douteux. On retient néanmoins quelques dialogues hilarants : « Je sais que les lutteurs sont entourés de jolies filles. On leur donne des cadeaux aussi. Comme des crèmes et des lotions ».
Super Nacho reste par conséquent une fable naïve qui, sans sombrer dans une avalanche de gags, témoigne d’un genre aussi crétin qu’inépuisable : le nanar naturel – et accessoirement la comédie musicale…
Aurélien Portelli